jeudi 15 novembre 2018

Le calme d'Océan


Cher Océan, je ne vous connaissais pas jusqu'à hier. J'ai lu un article dans le media citoyen Panamza 

https://www.panamza.com/041118-angot-giesbert-ocean/

racontant votre "lynchage" à la télé, puis j'ai regardé le passage sur youtube, 

https://youtu.be/dbRcXlmPD3s?si=AvkmFD_mL1-chIAC

(à partir de 2:40)

et finalement j'ai lu votre tribune en défense de Houria Bouteldja dans Libération. Belle, simple, et claire.

Votre réaction à la télévision, admirable de spontanéité et tellement magnanime face à une attaque imprévisible mais préméditée (comme Christine Angot le reconnait froidement) m'a touché. Vous n'avez rien lâché sur le fond, et vos adversaires (auto-déclarés) ne méritaient pas la grâce avec laquelle vous les avez protégés de leurs propres émotions.

Une phrase résume à mes yeux leur numéro de duettistes: "Il n'y a pas de point de vue", affirme Christine Angot, reprise par Franz-Olivier Giesbert, qui agissait en parfaite symbiose mais sans prendre d'initiative, comme un chien d'attaque perçoit les sentiments de son maitre.

C'est la même phrase avec laquelle l'armée israélienne justifie d'avoir écrasé Rachel Corrie sous un bulldozer blindé: "le soldat ne l'a pas vue". Effectivement, il n'a probablement pas vu Rachel Corrie. Il n'a pas vu un être humain, mais une cible. C'est l'attitude du médecin nazi qui examine les dents de Primo Levi comme s'il n'était pas un être humain mais un animal (Si c'est un homme). C'est le sentiment qui habitait les européens obsédés par "la question juive" il y a presque 100 ans, et leurs héritiers aujourd'hui, obsédés par d'autres fantasmes, mais sacrifiant les mêmes victimes. Car les victimes sont toujours les mêmes, seul leur nom change. Ce sont toujours celles et ceux dont la parole n'est pas légitime, dont le point de vue n'existe pas, car "il n'y a pas de point de vue", disent leurs oppresseurs.

Cet épisode fait partie de ces moments de vérité, qui révèlent aux yeux de tous que nous ne pouvons jamais éviter d'agir selon nos valeurs, selon ce que nous croyons vraiment, même lorsque nous essayons de nous les cacher. Vos agresseurs refusent de comprendre car ils ne sentent que trop bien que votre phrase les met à nu, mais ils n'ont pas le courage de comprendre pourquoi. "Il n'y a pas de point de vue" répètent-ils. Ils voudraient être transparents, "neutres", ainsi il n'y aurait pas besoin de regarder disent-ils, "les choses sont la", comme elles sont. Pas besoin de faire un effort. Mais vous avez le courage de regarder, non seulement avec les yeux mais avec le cœur, comme disait Saint-Exupéry.

La grâce de votre spontanéité et de votre calme restent une leçon pour moi.
Laurent Fournier

http://www.panamza.com/041118-angot-giesbert-ocean/

https://www.liberation.fr/debats/2016/05/30/qui-a-peur-de-houria-bouteldja_1456167

Note (16-11-2018): les media israeliens sont beaucoup plus francs, beaucoup moins hypocrites que les francais, si typiquement representes par les deux comparses cites plus haut. Lisons Uri Avneri, Yeshayahu Ben-Aharon, Yeshyahu Leibowitz, qui vivent (vivaient) en Israel, et qui acceptent (aient) pleinement les risques et la responsabilite de leurs actes, contrairement a un editorialiste suffisant se donnant en spectacle en "tremblant" sur un plateau tele a Paris, et jetant de l'huile sur le feu d'un conflit dont il ne court pas le risque de souffrir. Mais pour qui se prend-t-il? Connais-t-il le prix d'etre un journaliste en Palestine?

Lisons particulierement Uri Avneri, et son dernier article, publie 2 semaines avant sa mort cet ete:
https://www.veteranstoday.com/2018/08/07/who-the-hell-are-we-uri-avnery/

Yeshayahu Ben Aharon:
http://www.academia.edu/1056459/A_Revolutionary_Son_of_a_Revolutionary

Ben Aharon dit franchement que la toute premiere condition pour que la paix soit possible est qu'Israel cesse de se considerer comme le poste avance de la colonisation occidentale - Il est donc bien d'accord avec Ocean, non?

Yeshayahu Leibowitz (lu ce matin):
https://www.rt.com/news/443954-judeo-nazis-chomski-leibowitz/


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Post-scriptum 23-04-2024

Le numéro de duettistes de Angot et Giesbert a mal vieilli. Je ne sais pas s'ils ont honte aujourd'hui. Peut-être pas. Mais il est presque sûr qu'ils n'oseraient plus. Ce que cela révèle (et l'indifférence de la salle) c'est moins la méchanceté ou la bêtise des personnes, que l'épaisseur gluante de la culture identitaire, de l'instinct politique de groupe, dans lesquels Angot et Giesbert, comme tellement d'autres, sont englués jusqu'au cou.

Il faut relire Eichmann à Jérusalem de Hannah Arendt. Le monde est peut-être prêt maintenant, après 61 ans, à lire ce livre avec honnêteté et humilité. 

samedi 27 octobre 2018

Fin de la guerre?

Fin de la guerre?

Les 4 acteurs exterieurs de la guerre de Syrie sont reunis a Istanbul: Poutine, Erdogan, Macron, Merkel.

Apres cette reunion, l'attaque chimique d'Idlib ne peut plus avoir lieu, et Idlib peut etre liberee.

Silence radio complet dans Le Monde, Liberation, et en fait, dans toute la presse francaise. Silence qui en dit plus long que bien des reportages.

Alors lisons la "propagande russe" (selon Emmanuel Macron), qui est la seule aujourd'hui, parmi les media de langue francaise, apparemment, a considerer qu'une visite du president francais a Istanbul pour parler de la Syrie... vaut la peine d'etre rapportee!!!

https://francais.rt.com/international/54923-syrie-erdogan-merkel-macron-poutine-reunis-istanbul

https://fr.sputniknews.com/international/201810271038667835-poutine-macron-syrie-istanbul/

dimanche 7 octobre 2018

The Co-wife by Munshi Premchand, and can the ego be a word?


The co-wife, René Girard, Jacques Derrida, Novalis, can the ego be a word?   …and again the co-wife.

In his short story, "the co-wife", Munshi Premchand tells the story of a married couple where the husband chooses a "co-wife", pretending this decision to be an almost normal, entirely manageable affair. Absorbed in his new love, he neglects not only his first wife but all his duties, leaving her with no choice, for the sake of her own survival, to leave her own home, which has become an utter mess. The new couple, incompetent in managing their life, quickly runs into an economic and health disaster, while the first wife, forced to live on her own, thrives. Eventually, the husband becomes ill and dies, and on his death bed, asks his first wife for forgiveness. She forgives him, takes the helpless co-wife in her home, and they both live happily together ever after.

This short story starts like a moralist tale and ends like a fairy tale. The irruption of the "co-wife" turns out to be not only manageable indeed, but even lovely, but at the cost of the life of the person who wanted it.

The "fairy tale" aspect is in the way the ending unites with the beginning: The "co-wife" was not a bad idea in itself, but not at all in the way it was imagined by the husband, the person who wanted it. On one hand, it could not have happened if he did not want it, but on the other hand, it could also not happen if the other person, the first wife, who never wanted it, had not eventually accepted it and turned a complete disaster into a success. But for that, the first person, the husband, had to disappear completely. And the second person, the wife, had to accept not only reality - the presence of the co-wife- but even to acknowledge the role of the first person in bringing about this reality, and forgive him. So the second person, the wife, has the capability to turn imposed realities of life into a success because she lives in complete acceptance of others, while the first person, the husband, destroys his own life because he is unable to accept what does not conform with his desires.

This can be experienced in different ways, including in many examples of our own lives: Nothing would ever happen if we did not have desires, but desires striving for exclusive purity run invariably into disasters, and nothing good would come out if these desires did not die, and we eventually accept, a reality that we not only never wanted, but that we could never have imagined.

René Girard opposes, in "the scapegoat", the "myth of the text" which is the implicit worldview that defines the meaning of the action that takes place, of the characters and how they see themselves and of the words they use, to the "myth in the text", which is the story that the text and its characters pretend to tell, the story that the words tell. In "Romantic Lie, Novelist Truth", (deceptively translated as "Deceit, Desire, and the Novel"), he opposes two kinds of literature, the "romantic" where the heroes are unable to escape the destiny of their desires, and the "novelist" where the heroes are "saved" because they are able to live through the death of their desires, and to experience the transformation of their desires into fruits that encompass completely new horizons, that could not be contained into the worldview of the desires that initially set the action in motion.

Jacques Derrida, when explaining what he means by "deconstruction", talks of a "strategy", of a "double gesture", which is dual "in and of itself", and it looks to me like a gesture that could hold Girard's "myth in the text" at arm's length and look at it, and in this process uncover the "myth of the text", by looking at both myths together and at the same time. For Derrida, this process unavoidably involves facing violence, the violence which is embedded in the worldview of the "myth of the text", and which is normally hidden, but uncovered in the process of "deconstruction", and this violent confrontation cannot be avoided. This looks to me like the illness and the death of the husband in Munshi Premchand's novel, "the co-wife". But this involves also sometimes death and violence on a tremendous scale, in wars and revolutions.

Words are not just symbols, or what Francis Bacon called "a currency that we exchange for concepts", they carry a whole world of materiality and living flesh with them. To ignore that reality, to "use" them as a currency, pretending that they are "available" and that their use is sort of "free", is like postponing the necessary hour of disclosure, the moment of deconstruction, when the "myth of the text" inevitably appears naked in its crude violence. Not that "it happens", like... "on its own"! It requires a hard work to do that. But the more it is delayed, the more necessary it becomes.

This violence does not have to be apocalyptic, to be the horrendous end of everything. Novalis had a very different notion of symbols from Francis Bacon. He wrote: "symbols can can be symbolised by what they symbolise. Counter-symbols". Thus, for Novalis, symbols are an act of thought, nothing can be a symbol in and of itself. Like when Alain Badiou says that "1" is really just a number, in other words an action, ("count-as-one"), and not an entity (a hypothetical underlying, ultimate and ever-elusive "unity").

This reversal of the symbol and what it symbolises, this symmetrical relationship, can help us to consider ourselves as words, as words striving to express ideas that we love but that we are only imperfectly able to express, thus bringing about the ideas of patience and of work in faith.

Thinking of words as a "currency" is a violent act. Nothing in the world is a "currency". This tendency can be seen when people insist that everything is "language", or that everything is a "symbol". This inevitably implies that things are subordinated to their meaning. To subordinate something to its meaning is necessarily a violent act. No entity deserve to be reduced to "a language".

Yet the notion of language can be creative. For example, we can think of ourselves not as "subject" (or ego) using words that are available to us, or at our service, but on the contrary, we can think of ourselves as living words at the service of ideas that we love and want to help becoming more real, so that our entire being becomes a living part of these ideas. This can be a way to live deconstruction, not without violence, but in a non-apocalyptic manner, like a continuous process. This is a way to live through the death of the husband in "The Co-wife". We can call this conscious death of desires, which inevitably requires a conscious acceptance of, and confrontation with, the violence of the status-co, non-violence.

jeudi 27 septembre 2018

Les progrès ébouriffants du péché originel


Les progrès ébouriffants du péché originel.

Du 15 février 1896 au 21 septembre 2018

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1. Le dernier article de Uri Avneri (1923-2018), le père spirituel du journalisme israélien, qui entre 15 et 19 ans, brûlait des villages avec l'Irgoun, fut torturé et a échappé à plusieurs tentatives d'assassinat pour ses écrits dans  HaOlam HaZeh (un équivalent israélien du journal français Hara-Kiri), fut le premier israélien à rencontrer Yasser Arafat (après avoir franchi la ligne de front durant le siège de Beyrouth en 1982), fut attaqué et poignardé plusieurs fois, et s'est interposé, avec sa femme Rachel, comme boucliers humains contre les bombardements israéliens sur la Palestine en 2002.

https://www.veteranstoday.com/2018/08/07/who-the-hell-are-we-uri-avnery/

Publié le 4 aout 2018, 16 jours avant la mort d'Avneri, l'article mériterait d'être traduit en Français. Rien que le titre est déjà un peu difficile à saisir exactement. Je proposerais: "Mais quelle sorte d'enfoirés croyons-nous être?".

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2. Dans le supplément hebdomadaire du quotidien israélien Yediot A'haronot, le 28 juin 2002, une interview de Yeshayahu Ben-Aharon, anthroposophe israélien, fils du seul politicien israélien qui eut le courage de s'élever publiquement en 1967 contre l'occupation des territoires palestiniens, Yitzhak Ben Aharon:

http://antroposofi.org/yediot.pdf

La encore il faudrait traduire entièrement. Juste un passage, là encore, humblement traduit par moi:

"La toute première condition pour que la politique israélo-palestinienne arrive un jour à s'échapper du cycle de violence perpétuelle, est d'arrêter complètement sa participation à la guerre mondiale entre le "capitalistan" occidental d'un coté contre "l'islamistan" extrémiste" de l'autre".

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3. Dans l'interview, Ben-Aharon parle du "péché originel de la politique israélo-palestinienne". Il sait sûrement de quoi il parle. Theodore Herzl décrivait ainsi le sionisme, le 15 février 1896:
"un poste avancé de la civilisation, un rempart de l'Europe contre l'Asie, s'opposant à la barbarie"

https://www.herodote.net/15_fevrier_1896-evenement-18960215.php

Voici comment Herzl, révolté par l'antisémitisme européen et qui fut le témoin personnel de la dégradation publique du capitaine Dreyfus, justifie son projet aux yeux… des antisémites européens: S'offrir généreusement comme un "rempart" contre la barbarie… "asiatique"!!! 

Oui. "Asiatique".

Edward Saïd a fait l'archéologie méticuleuse de cette obsession européenne pour l'Asie, mais sans parvenir à l'expliquer ni la résoudre. Uri Avneri, René Girard, Jacques Derrida et Yeshayahu Ben-Aharon ont des idées similaires sur cet étrange mystère, qu'on peut aussi appeler le "péché originel", et des stratégies différentes mais convergentes, pour l'affronter et le détruire. Quand j'aurais le temps, j'espère, le sujet d'un prochain billet sur ce blog.

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4. Bien sur, la lutte contre la "barbarie asiatique" a infiniment progressé depuis 1896, et particulièrement depuis l'invasion de l'Irak en 2003: 135 universitaires Irakiens ont été victimes d'assassinats ciblés en seulement 3 ans d'occupation officielle par les forces occidentales, entre 2003 et 2006:

https://www.madaniya.info/2018/09/21/le-martyrologe-scientifique-irakien/

Recherche et article de René Naba, publié le 21 septembre 2018.

mercredi 19 septembre 2018


Les nouvelles que l'on ne lira pas dans la presse de l'OTAN (17-19 septembre 2018).

- Le 18 septembre, Vanessa Beeley, une des rare journalistes à avoir le courage de travailler en Syrie, a interviewé la mère et la famille d'un enfant enlevé par les casques blancs, vraisemblablement pour servir dans une attaque chimique. La famille a courageusement accepté de témoigner et de se faire prendre en photo et même filmer:

"Pourquoi ne demandent-ils pas d'argent? Cela veut dire qu'ils veulent utiliser les enfants pour autre chose."

"Il y a 10 jours, une femme est venue me voir. Elle venait d'arriver d'Idlib. Elle m'a montre une photo d'Ahmed et a confirmé qu'il est encore vivant mais emprisonné avec beaucoup d'autres enfants. Elle m'a dit que les casques blancs déplacent les enfants d'endroit en endroit, suivant le lieu où l'attaque chimique doit avoir lieu. Ils sont enfermés en permanence. J'ai tellement peur qu'ils soit malade ou qu'il ait peur. Et il ne peut pas parler (Ahmed est muet de naissance). Je suis sûre que je vais voir le visage d'Ahmed dans une de ces vidéos ou reportage d'attaque chimique".

https://www.rt.com/op-ed/438645-children-kidnapped-idlib-syria/

- Le 18 septembre, Thierry Meyssan, journaliste français vivant à Damas, rend compte ainsi de l'accord militaire Russo-Turc à Idlib, conclu le 17 septembre à Sotchi en Russie:

"Une ligne de démarcation va être instaurée d’ici le 5 octobre entre la zone jihadiste et le reste de la Syrie. Cette zone démilitarisée sera placée sous la responsabilité jointe de la Russie et de la Turquie. Les troupes turques devraient reculer de quelques kilomètres à l’intérieur de la zone actuelle, de manière à laisser les Syriens libérer l’autoroute reliant Damas à Alep. La Russie éloigne donc la Turquie des Occidentaux, évite de placer son allié syrien en danger et poursuit la libération de son territoire sans avoir à livrer de combats".

http://www.voltairenet.org/article203022.html

Un coup de maitre, donc, puisqu'il rend une attaque chimique très improbable, en tout cas très inefficace, et donc toutes les préparations pour une attaque chimique depuis maintenant un mois (enlèvement de 44 enfants, livraison de bidons de chlore, accueil d'équipes professionnelles de tournage) sont maintenant obsolètes.

En effet, la Turquie est inattaquable par l'OTAN compte tenu de la situation géopolitique. Mettre la Turquie en charge d'Idlib empêche donc toute attaque chimique, mais en plus, cogérer la zone tampon avec la Russie gêne les mouvements des spécialistes occidentaux et israéliens qui encadrent les djihadistes, et rend plus proche, et plus inéluctable, une résolution négocié de l'abcès djihadiste d'Idlib, qui ne mette pas en danger les civils. Cette résolution sans violence est la pire solution pour l'OTAN, qui amasse des forces au large de la côte syrienne dans l'espoir qu'elles serviront.

La réponse à l'accord de Sotchi ne s'est pas fait attendre, elle a eu lieu dans la soirée du 17!

Un avion de reconnaissance russe IL-20, a été abattu par la défense anti-aérienne syrienne. 4 chasseurs F-16 israéliens approchaient de la côte syrienne depuis la méditerranée, juste derrière l'avion russe qui entamait sa descente vers la base de Hmeimim pour y atterrir. Le timing était calculé à la minute près, et l'avion russe n'est pas aussi manœuvrable qu'un chasseur, et il n'avait aucun moyen de s'échapper de la ligne de tir que les 4 chasseurs israéliens avaient soudainement mise en place. Une telle manœuvre est, juridiquement, un acte de guerre.

https://www.rt.com/news/438686-syria-russia-s200-il20/

On ne sait pas (on ne saura peut-être pas) le rôle qu'a joué le navire français "Auvergne", situé juste en dessous de l'attaque, ni si le "IFF" (système de reconnaissance ami-ennemi) a joué un rôle ou pas.

Mais il semble bien que, de même que l'OTAN ne peut pas attaquer la Turquie, la Russie ne peut pas attaquer Israël.

Visiblement, l'équipage du IL-20 a été sacrifié en vengeance du gazage empêché des enfants d'Idlib, et Ahmed et ses frères et sœurs vont peut-être être libérés.

La Russie n'a pas grand-chose à se reprocher, et la France, clairement, ne joue pas le beau rôle.

On ne lira pas cela en France. Même la presse israélienne (Haaretz par exemple) est plus franche.

Laurent Fournier, Kolkata, 19 septembre 2018

jeudi 13 septembre 2018

Notre regard, ingrédient indispensable du terrorisme, et pourquoi il faut lire et
diffuser les informations

Depuis le 11 juin, nous savons qu'une attaque chimique contre les civils est en préparation en Syrie. La première annonce a été faite par la Russie. La cible était la ville de Deir-ezzor:
https://www.rt.com/news/429408-syria-rebels-chlorine-provocation/

Apres avoir ignoré la nouvelle, les Etats-Unis relancent le sujet le 22 aout, par la voix de John Bolton, secrétaire d'état (en français, ministre des affaires étrangères) américain. Bolton annonce que "si la Syrie utilisait des armes chimiques" lors de la libération d'Idlib, les Etats-Unis réagiraient "très fortement":
https://www.thehindu.com/news/international/assad-may-use-ehemical-weapons-again-bolton/
article24753899.ece

Depuis, de nouveaux détails apparaissent presque chaque jour:

- le 25 aout, 2 destroyers et un bombardier supersonique américains ont été déployés aux frontières de la Syrie, avec un total de 108 missiles de croisière. La société britannique Olive supervise les préparations de l'attaque à Idlib avec Jabhat-al-Nusra et les Casques Blancs. Plusieurs containers de gaz du type chlorine ont été livrés dans un village près de la ville de Jisr al-Shughur:
https://www.rt.com/news/436812-syria-chemical-weapons-provocation/

- le 26 aout, nous apprenons que des "spécialistes étrangers parlant anglais" ont été déployés et qu'un groupe de résidents a été transporté dans le village de Kafr Zita pour y préparer l'attaque chimique:
https://www.rt.com/news/436876-idlib-fake-chemical-attack/

- le 27 aout, le ministère russe de la défense annonce que l'attaque chimique a pour but de permettre aux Etats-Unis de bombarder la Syrie:
https://www.rt.com/news/436933-us-fake-attack-syria/

- le 28 aout, nous apprenons par des habitants d'Idlib que 6 camions des casque blancs sont arrivés à Idlib avec des caméras, des missiles, des bonbonnes et des masques à gaz:
https://www.rt.com/news/431099-white-helmets-false-flag-chemical/

- le 29 aout, la Syrie donne à l'ONU des preuves que les terroristes préparent une attaque chimique:
https://www.veteranstoday.com/2018/08/29/syria-presents-un-with-data-on-militant-plans-to-stage-falseflag-gas-attack/

- le même jour, Serguei Lavrov le ministre russe des affaires étrangères, affirme que l'attaque chimique annoncée a pour but d'empêcher l'extraction des terroristes d'Idlib:
https://www.rt.com/news/437136-idlib-provocation-lavrov-nusra/

(Rappelons que non seulement la Syrie et la Russie, mais aussi les Nations-Unies et même les Etats-Unis, accordent au groupe "Jabhat al nusra" la qualification de "terroriste").

- le 30 aout, la Russie partage avec les Etats-Unis les renseignements dont ils disposent concernant l'attaque chimique, lors d'une réunion à Washington. Les Américains en premier révèlent au public l'existence de la réunion:
https://www.rt.com/news/437201-idlib-syria-chemical-provocation-meeting/

(on peut d'ailleurs se demander si cette réunion, proposée soudainement par la Russie et immédiatement acceptée par les américains, n'a pas eu surtout pour objet de fixer à l'avance une "ligne rouge" russe, au-delà de laquelle leur armée ne resterait plus simple observatrice).

- le jour suivant, la Russie donne les mêmes renseignements aux Nations-Unies et à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC):
https://www.rt.com/news/437364-russia-syria-chemical-weapon-opcw/

- le 5 septembre, Jim Mattis le secrétaire américain à la défense, affirme qu'ils n'ont "aucun renseignement" sur les capacités en armes chimiques des "rebelles" en Syrie:
https://www.reuters.com/article/us-mideast-crisis-syria-idlib-usa/u-s-s-mattis-says-zerointelligence-
that-rebels-in-syrias-idlib-have-chemical-weapons-capability-idUSKCN1LL1HQ

- le 6 septembre, le chef de l'armée française, General François Lecointre, a déclaré que la France était prête à bombarder la Syrie "si des armes chimiques étaient u_lisées":
https://www.rt.com/news/437790-france-threatens-airstrikes-syria/

Il est étonnant de constater que le seul compte-rendu de ce􀆩e conférence de presse en France, par le chef des armées françaises, n'est disponible qu'en Anglais sur un media russe. Comme si les journalistes avaient reçu pour instruction de ne pas ébruiter les informations qu'ils recevaient. Mais alors, quel est le but de ces informations? Les journalistes ont-ils reçu pour instructions de commencer à travailler sur leur dossier, mais de ne le publier qu'après autorisation? Après l'attaque chimique, par exemple? Est-ce la démarche d'un gouvernement qui souhaite vraiment que l'attaque n'ait pas lieu? Les journalistes qui se taisent pour ne pas interférer avec l'événement s'en rendent-ils complices?

- le 8 septembre, une réunion a eu lieu entre les casques blancs et d'autres terroristes pour finaliser l'attaque, suite à la livraison de gaz dans un village près de la ville de Jisr al-Shughur:
https://www.rt.com/news/437953-idlib-syria-attack-terrorists/

- le même jour, nous apprenons qu'un sous-marin américain et un sous-marin anglais arrivent au large de la Syrie:
https://www.veteranstoday.com/2018/09/09/uk-submarine-reportedly-enters-mediterranean-amidexpected-provocations-in-syria/

https://sputniknews.com/world/201809011067662117-us-submarine-mediterranean-syria-chemicalattack/

- le même jour, le sénateur américain Dick Black accuse les services secrets britanniques de planifier une attaque chimique à Idlib:

https://www.washingtonpost.com/local/virginia-politics/va-state-senator-who-met-with-assad-saysbritish-planning-fake-chemical-attack/2018/09/08/6c5b76b6-b363-11e8-9a6a-565d92a3585d_story.html

https://www.independent.co.uk/news/world/americas/syria-chemical-weapons-virginia-senator-richardblack-uk-mi6-assad-russia-a8529681.html

- le 10 septembre, la coalition au pouvoir en Allemagne discute avec ses alliés de la possibilité de
participer à l'attaque:
http://www.voltairenet.org/article202860.html

- le même jour, les Américains discutent publiquement de la possibilité d'inclure dans l'attaque des objectifs Russes et Iraniens, en plus de l'infrastructure Syrienne:
http://www.voltairenet.org/article202862.html

- le 11 septembre, nous apprenons que le tournage de l'attaque chimique a commencé, avec une chaine de télévision du Moyen-Orient et une chaine occidentale (probablement Reuters):

https://www.rt.com/news/438158-staged-chemical-attack-idlib/

- le même jour, la Russie commence l'exercice militaire le plus grand de son histoire, avec 300 mille hommes, et la participation de la Chine:
https://www.rt.com/news/438133-russia-vostok-biggest-drills/

- le même jour, la membre du congrès américain Tulsi Gabbard dénonçait le soutien du président Trump à Al-Qaeda en Syrie, au moment même où il prononçait un discours en hommage aux victimes d'Al-Qaeda à New York le 11 septembre 2001:

https://www.rt.com/news/438319-tulsi-gabbard-al-qaeda-trump/

Aujourd'hui (le 12 septembre), la Russie demande à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) d'empêcher l'attaque chimique à Idlib:
https://sputniknews.com/middleeast/201809121067960840-russia-idlib-opcw-chemical-weaponsprovocation/

Aujourd'hui encore, nous apprenons que les enfants "secourus" ont été amenés sur place avec leur famille, et les enfants "morts" ont été capturés dans un orphelinat. Nous apprenons aussi que 9 vidéos ont été tournées, et qu'au cours d'une réunion à Idlib avec les services secrets britanniques (MI6) il a été décidé que 2 vidéos seront envoyées aux Nations-Unies et les 7 autres, à cause de leur qualité plus médiocre, seront diffusées dans les réseaux sociaux.

https://www.rt.com/news/438282-white-helmets-film-chemical-attacks/

Aujourd'hui encore, un expert militaire américain prévient que la Russie pourrait ne pas rester passive, et que les navires ou sous-marins ou avions qui participeraient aux bombardements pourraient, cette fois-ci, ne pas tous rentrer sains et saufs:
https://www.veteranstoday.com/2018/09/12/the-us-can-expect-a-military-response-yes-our-ships-will-besunk-duff-on-press-tv/


Aujourd'hui encore, Pierre Le Corf, français travaillant pour l'ONG "nous sommes tous des super-héros" et vivant depuis 3 ans à Alep, témoigne que la population s'attend à quelque chose de pire que ce qu'elle a vécu jusqu'à présent et qu'elle se prépare à l'affronter:
https://www.rt.com/news/438287-syria-aleppo-le-corf-idlib/
https://www.wearesuperheroesaleppo.com/aleppo-programs

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Notes biographiques:

Dick Black et Gordon Duff étaient dans l'infanterie navale américaine ("marines") au Vietnam à 19 ans. Black a reçu de nombreuses médailles, est devenu colonel après 31 ans de carrière. Duff a été blesse, est demeuré handicapé, et est devenu diplomate. Tulsi Gabbard s'est engagée dans l'armée américaine en Irak de 2004 a 2006, où elle a reçu 3 médailles.

Il est loisible de se demander ce qui a poussé ces personnes à s'engager dans un corps expéditionnaire engagé dans de nombreux crimes de guerre (patriotisme, pauvreté, illusions de jeunesse?) mais il est impossible, connaissant leur expérience, de remettre en cause la sincérité de leur engagement radical aujourd'hui contre les armes chimiques.

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Contexte en Syrie:

La meilleure synthèse de la guerre de Syrie, à ma connaissance, est celle qu'en a fait Gordon Duff au sommet anti-terroriste de Damas de décembre 2014:

https://www.veteranstoday.com/2014/12/13/historic-speech-in-damascus-sends-shockwaves-aroundthe-world/

Duff explique en quelques mots pourquoi la guerre de Syrie ne peut pas se résumer à l'impérialisme contre l'anti-impérialisme, au mythe bien confortable dans la presse de gauche de "David contre Goliath": Parce que la chute de Goliath entraînerait notre mort à tous, et que donc nous ne pouvons pas le tuer, mais seulement le calmer et le désarmer, patiemment, quel que soit le prix de notre sang-froid. Et ceci explique la conduite et l'étonnante modération des Russes, qui semblent savoir ce qu'ils font.

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Contexte en France:

J'ai ouvert une pétition au président de la république française ici, pour lui demander d'arrêter de faire la guerre en Syrie:

http://rivoice.net/petitions/arr-tez-de-faire-la-guerre-en-syrie.html

Elle aurait pu être mieux écrite, mais malheureusement, elle reste valable aujourd'hui.

Le Sénateur Black m'a écrit une lettre de soutien, reproduite dans le site de la pétition.

A l'époque c'était François Hollande, maintenant c'est Emmanuel Macron, qui n'est arrivé, avec quelques difficultés, au deuxième tour que parce que ceux parmi ses opposants qui étaient opposés à la poursuite de la guerre en Syrie (François Fillon et Jean-Luc Mélenchon) ont été systématiquement assassinés par la presse, et parce que Marine Le Pen a été, au contraire, étrangement ignorée, comme s'il fallait la préserver pour la fin. La guerre de Syrie a beaucoup plus d'influence sur la politique interne en France que nous ne le pensons. Et pourquoi s'en étonner?

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BREF...

POURQUOI faut-il lire ces articles?

Ces informations sont-elles fausses, ou vraies?

De deux choses l'une: Ou bien elles sont fausses, ou bien elles sont vraies.

TOUTES Les informations factuelles (comportant des noms de lieux, de personnes, d'organisations, des dates, de chiffres, des détails sur le nombre et les noms des navires, sous-marins et avions impliqués) proviennent EXCLUSIVEMENT des media hors-OTAN: RT, Press TV, Veterans Today, Réseau Voltaire.

Les informations en provenance des media de la zone OTAN sont non seulement bien plus rares, mais toujours en termes purement généraux, se contentant d'affirmer que "si une attaque chimique avait lieu", alors les occidentaux attaqueront la Syrie avec une force sans précédent.

Cela montre donc que la Syrie, ses alliés, et les media hors-OTAN s'efforcent, en divulguant à l'avance le plus de détails possibles, d'empêcher l'attaque chimique.

C'est là que nous jouons un rôle certain.

En lisant ces articles, et les diffusant autour de nous, en les discutant entre nous, nous rendons cette attaque plus difficile, voire, peut-être, impossible.

Nous empêchons Jabhat al-Nusra de nous utiliser comme complices, certes passifs, mais indispensables.

Nous empêchons que les cadavres des enfants peut-être déjà sacrifiés et déjà filmés, soient utilisés pour attaquer leurs amis, parents et voisins.

Nous augmentons la probabilité que l'information s'avère, espérons-le, fausse.

Car notre regard est indispensable à l'action terroriste.

Soyons maitres de notre regard. Nous en sommes déjà responsables, de toute manière. Que nous le voulions ou non, que nous le reconnaissions ou non, nous sommes devenus acteurs non seulement de l'information, mais aussi de la réalité qu'elle décrit.

Laurent Fournier
Kolkata,
12-13 septembre 2018